A Rebours

La marche induit la relation de mon corps et mon esprit avec mon environnement. Lente, longue et progressive, mes sens en alertes, ce n’est pas l’itinéraire qui m’importe, mais au contraire, les jalons qui ponctuent ce parcours et le définissent.  Allant sur plusieurs mois, voire des années d’intense production, ils s’inscrivent dans cette lenteur, à contre-courant de notre société dont la frénésie de la production est le maître- mot. L’ampleur de ces dessins n’est pas anodine, elle excède la capacité à cerner un objet dans le champ visuel, le spectateur est débordé. Tel un abysse, il ne s’agit plus du rapport de force de l’être humain face à la nature, mais d’un monde vivant captivant le spectateur, près à l’absorber par son infini détail.

Le travail du métal est une ouverture dans ma pratique du dessin. Au premier abord, le volume, son aspect industriel et minimaliste semblent s’opposer radicalement aux attributs charnel et 2D que suppose le dessin. Pourtant, il est avant tout une affaire de patience. Les nuages condensés de poussières, le bruit intensif de préparation, les gestes répétitifs et vibratoires camouflent les quelques secondes magiques que recèle la réaction chimique de la soudure.

 

Douceur et volupté du liant en surchauffe, couleurs irisées rouges, violettes, orangées et bleues sont au rendez-vous, alors que le cerveau est enivré d’odeurs subtiles, un feu d’artifice entrelace mes sens. Le dessin est souvent décrié au profit de la peinture considérée comme plus précieuse. En travaillant le bic et ses reflets, en m’acharnant sur les détails avec mes gestes mécaniques, le travail du dessin se confond à celui du métal.

Je cultive le dessin comme la peinture, par couche. Souvent résumé à la phase de recherche, l’esquisse, la trace ou le geste, le dessin, est rarement perçu comme une œuvre à part entière. Alors, en optant pour une nouvelle perspective, j’accroche la matière par le jeu de lumière, celui-ci découvre l’infinie variété des noirs oscillant entre les reflets du monde extérieur et ceux propre au médium comme le bic ou le crayon.

Ils sont sculptures. Ils impliquent le déplacement du spectateur. Différentes couches de matières s’opposent par les reflets de la mine graphite en contraste au mat du crayon gras. Le soleil se reflète, les couleurs se muent, où que l’on se situe le dessin évolue au fil des heures de la journée, et s’intègre à l’espace par la lumière.

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A Rebours, pierre noire et graphite,  164 x 153 cm, Mai 2021, Paris